dimanche 5 septembre 2010

Mes pensées d'il y a un an...

J'ai jamais regardé ma mère avec amour, ni avec passion d'ailleurs. Je ne me souviens pas de câlins, d'échanges tendres, de moments privilégiés où je parlais vrai et simplement. Je ne me souviens pas d'avoir été consolé par elle ou d'avoir pleuré dans ses bras ou encore de m'être blotti dans ses seins. Forcément, j'ai eu la tétée. Alors oui, ses nichons, je les ai vu en gros plan. Je les ai même gouté. Mais je ne m'en rappelle pas. Et elle n'a jamais reparlé de ces moments-là. Elle a des souvenirs bien sûr. De mes cris. De mes colères. De mes angoisses. De ma haine. De mes délires. De mes conneries. De mes excès. A t'elle conservé une image lointaine de moi en train de sourire ? De la faire rire ? A t'on déjà dansé à deux ? Je ne m'en rappelle pas.
Les souvenirs de mon enfance avec elle sont étranges. Il y a cette distance déjà à l'époque où elle ne travaillait pas encore. On allait à l'école. Elle nous conduisait à pied dans la rue. Je marchais devant avec les copains, copines. Les familles se réunissaient pour conduire leurs loupiots à l'établissement d'endoctrinement social à méthode forcée sous pilule catholique Vatican II. Enfin, bref, école primaire privée...
Je me souviens de cette anecdote où voyant ma mère sur le trottoir d'en face, portant ses courses et nous voyant de loin, je me mis à courir vers elle, méprisant les voitures qui allaient sur la route, ne regardant qu'elle, ma mère. Mon but atteint, le sourire éclatant, je fus accueilli par une énorme baffe qui claqua plus fort que les klaxonnes des fous précédents. C'était normal. Je ferais pareil. Quoique... je sais pas.
Aujourd'hui, j'ai bientôt 35 ans. Le jour des morts, c'est à dire la Toussaint, on fêtera les 70 ans de mon père, né un 25 octobre 1939. On fêtera aussi les 40 ans de mon frère, né un 2 novembre 1969. Ainsi que celui de mon petit frère, 30 ans, né un 16 juin 1979. Mais aussi, sans symbolique, l'anniversaire de ma tante, la sœur de ma mère. Je ne sais pas son âge, ni sa date de naissance et j'm'en fous... Moi, je suis né un 31 octobre 1974. Ça tombe en plein dans la fête, à un jour près. Mais ma mère m'a dit que c'était pas symbolique. J'avais pas un chiffre rond. On penserait quand même à moi mais on accentuerait tout sur les autres. Ils méritent mieux sans doute. J'en suis pas malheureux après tout. Je dis plus rien à personne. Juste des fois à moi-même. Comme là...
Je pense que ma mère, elle comprend pas comment je fonctionne. Elle doit se dire que je suis resté un enfant, qui sait pas se moucher tout seul, la morve coulant du nez.
Le monde autour de moi s'étiole vers l'avant. Ils essayent tous de réussir, d'exister, de s'enrichir. Moi, je tourne en rond. Je suis sur un rond-point. Accroché dessus. Je tourne. Je tourne encore. Des fois, des gens viennent tourner avec moi. Souvent ce sont des filles. Alors on baise sur mon rond-point, tranquillement. On jouit, en tournant. J'ai eu un enfant comme ça. Et puis, les gens se lassent. Soit de tourner, soit de mon rond-point. Peut-être les deux à la fois. Alors ils s'en vont et me laissent tout seul. Alors je continue de tourner. En rond. Comme un con.
Ma mère, elle voit tout ça. Elle doit se dire c'est dommage et pense à son repas du soir car elle reçoit des amis.
"La mer c'est dégueulasse, les poissons baisent dedans". Ma mère, je sais pas qui la baise...
Je suis presque à l'image de mon père. Physiquement, mentalement, naïvement, socialement. Sauf que lui n'a jamais tourné. Il n'est pas de l'époque des ronds-points. Ça n'existaient pas. D'ailleurs, il n'a jamais rien pigé aux ronds-points...

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