
Il est des jours où il fait bon vivre. On se lève le matin dans le mince espoir d'avoir une journée sans problèmes, sans anicroches. On boit son café, seul, face au paysage, dans cette solitude béatifique qui nous concerne, regardant le néant tout autour qui se meut au rythme des nuages. L'enfant obéit, buvant son lait. Le chat suit et attend, assis comme une lampe de chevet, un totem. La femme descend, sa puissance magique et pudique délitant, tel un parfum fini, une odeur puérile et facile. La folie s'installant, le feu sacré de la conscience se mourant, j'allume une cigarette. Je conduis mon fils à l'école où je dois rester, poli, créer le disque de la fête de fin d'année. L'après-midi naissant, je m'emporte vers une nouvelle voie professionnelle, un rendez-vous sans galanterie, sans désir non-plus.
La vie est belle. Je vis tout ce que je ne veux pas vivre. Je vis tout ce qui m'empêche de vivre. Je vis tout ce que rêve les autres et que je réfute. Je vis l'enfer. Comme un tableau. De Bosch.
J'écris, pour réussir, des mots qui ne sont pas moi. J'engueule cette famille qui me gêne et que j'aime. J'appelle le plombier à 20h30. Il me coûte 135 euros. Je n'ai pas l'argent. Et je bois. Un petit vin, sans prétention. Je n'en ai plus.
Lorsque je me penche sur mon passé, sur cette folie excessive de vivre, je me pose toujours la même question. "Pourquoi ?" Personne ne m'écoute. Je mourrais. On m'oubliera. Tranquillement, comme le vent dans les grands arbres. Le bruit que j'ai commis, tel les feuillages verts et légers, s'effondrera dans l'abîme de la quiétude naturelle. On ne me jugera point. On me pardonnera. Pour l'oubli.
C'est beau la vie. Au regard de l'homme. D'un homme...

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire