samedi 27 mars 2010

L'Harmonie Naturelle



Nous avions décidé, mon fils et moi, de nous balader sur un sentier pédestre de notre belle région avec pour objectif de franchir un petit pont de bois très sympathique. Il était 3 heure de l'après-midi, le soleil pointait de timides rayons et le vent frais de la mer du Nord nous rafraichissait les cheveux. Mon fils, qui a trois ans et demi, gambadait joyeusement dans le sable et les flaques d'eau. Je fumais mes clopes tranquillement derrière lui, en jetant cet œil paternaliste que notre époque incroyable rejette et je pensais à Dieu. Au fur et à mesure de notre escapade, mon fiston se fatiguait ; je le doublais et l'attendais. Mais son bonheur n'était en aucun point altérer par la marche éreintante qu'exige le monde des sables. Je lui présentais les arbres, les fleurs et animaux morts que l'on rencontrait et lui parlait de ces étendues salines qui donnent envie d'un bon steak-frites.
Au bout d'une heure de marche, les souliers remplis de sable, les muscles tirés par l'exercice, nous décidâmes de marquer une pause. Nous étions seul depuis le début à part la rencontre avec un homosportivus en tee-shirt rouge pédé, un casque sur les oreilles fuyant d'un bruit de grosse caisse ultra grave (100 hertz) genre "ma vie est belle, je m'éclate", et suintant, éructant, gerbant, souriant toute sa peine à son ouvrage. Bref, un con.
La pause se passa en la recherche de pomme de pin non dégusté par les écureuils. Cependant, de petits groupes de personnes arrivèrent en notre lieu de repos. Ils étaient des plus communs à part le fait d'être chaussés de tennis de randonnée, de sac à dos "Décathlon" et monter de ce pénible sourire pour tout regard croisé. Je décidais surtout de ne pas les regarder. Mais mon fils jouait. Et, en plus de leur vision attendrissante à l'égard de ma progéniture et de son jeu, ils m'adressaient à chaque passage un 'bonjour' de bonheur, de chaleur humaine gratuite sans prétention, un remerciement de partager, avec eux, en communion, cette après-midi jouissive de se confondre avec Dame Nature. Je répondais : " 'jour ! " aux premiers. Voulant tout de même montrer un semblant de sociabilité. Mais lorsque deux horribles septuagénaires décidèrent de se poser à l'endroit de notre quête, s'en était trop ! " sois j'les bute, sois j'me tire !" j'me suis dit. Ils essayaient, ces ordures puantes et fripées, d'engager une parole avec mon fils. Heureux soit la filiation ! Mon héros les dévisagea sans mot dire et se réfugia dans mes jambes voulant silencieusement, avec ses mains et sa bouche, que je m'abaisse à sa hauteur afin qu'il me dise quelque chose. Et il me dit, tout bas à l'oreille, (je regardais l'ennemi d'un œil Beethovien...) : "Papa, viens ! on s'en va..." Ah mon fils, mon petit garçon, que je t'aime ! Et je lui répondis aussi sec : "T'as raison Fils, viens ! on s'casse." Et nous fîmes demi-tour sans regarder les trompe-la-mort qui languissaient de sourire vers notre équipé...
Nous repartîmes donc dans le sens inverse. Il était quatre heures bien sonné et le chemin se peuplait de plus en plus. Ah Diable ! Il fallait encore et encore affronté tout ces bonjours compatissants. Je décidais alors d'écourter la balade, à la plus grande joie de mon fils qui était vraiment crevé ; je le pris sur mes épaules et, accélérant l'allure, la tête basse, rejoignîmes le parking et la voiture.
Malgré la foule et son insupportable humeur joviale, nous avions foulé le petit pont de bois et pris un bon bol d'air.
A la maison, je bois mon ricard en pensant à ces incongrus et leur bestialité. Et mon regard tombe sur les mémoires d'outretombes de Chateaubriant. Putain, quelle époque...

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