lundi 28 novembre 2011

Dernier romantisme...

Je me rappelle : Valenciennes. Seul, dans ma chambre, je me couchais pour la énième fois depuis des lustres à regarder un plafond blanc. J'allumais l'ordinateur, j'écoutais David Sylvian... comme ce soir... Je ne pensais plus à rien, je n'espérais plus rien. Dans ma solitude où parfois je pétais les plombs, où parfois je riais de mes pensées folles, où parfois je regardais le néant, je m'asseyais le regard vide, l'envie immobile, le désir éteint. Je prenais souvent le manteau pour me promener au bord du lac, dans les cris des canards, dans la houle du vent d'est, dans ce soleil blafard et sans issue. Je marchais, suivant la berge et son tracé, en m'inventant des scenarii de folies amoureuses et éternelles. Parfois, mon regard croisait une âme. Je la regardais à peine, ne la croyant plus. Je ne dirigeais plus rien, même l'envie d'être grand. Je ne caressais plus le dessein de vouloir être un homme. Je buvais religieusement face à l'écran qui ne me renvoyait que ma solitude. Pourtant, je n'étais pas triste. Un souffle, au fond de mes entrailles, laissait battre mon cœur. Je rentrais de moins en moins à Boulogne. Je voyais moins ma famille, mes parents, mes amis... Je n'avais plus besoin d'eux. Je m'enivrais de sens inutiles pour la morale sociale. Une léthargie incroyable et subtile orchestrait mes moindres idées jusqu'au fond de mes entrailles. Je n'avais plus peur. Je demeurais cet être de chair et de spontanéité juvénile qui avait l'art et la manière d'agacer les incongrus. Et j'en riais de bonheur, comme Angelo. Il m'arrivait, souvent, d'évacuer le flux de mes pensées inutiles dans les draps que ma logeuse me prêtait. Je m'en moquais. Point de honte ou de regret. Comme Saint Jérôme, je ne pensais plus aux plaisirs de la chair. Je les avais oublié. Et je n'en avais pas conscience. Je répétais mes gammes, entre les noires et les blanches... J'évanouissais mon esprit vers des immensités de tendresses, d'amour et d'essence, de voluptés languissantes, où même le démon et son funeste discours macabre ne prenait prise... Je regardais par la fenêtre, des démons s'enfuir là-haut... Je regardais la lune s'extasiait, se pâmait à la lueur de mon regard... La nuit, tout est magique et vain. Je m'allongeais sur mon lit, la musique s'endormait tel un feu de bois, je devais penser aux nuits longues que Dieu nous promet. Si des larmes devaient couler, c'était pour l'apothéose de sentiments enfouis. Je n'étais pas au quai d'une gare... Je n'étais nulle part. A voguer tel un fantôme, au-dessus des couettes blanches et réconfortantes, planant comme un naufrage, un Ulysse moderne sans Pénélope, je recherchais mon alcôve. Tu sais, celle qui se niche en haut des balustrades où les pigeons viennent se poser et nidifier. Et même si Mozart et son requiem jouait, même si Murray et ses batifolages riaient, même si mon destin s'annonçait, je savais que je voulais être un homme. Je commençais à composer. J'écrivais des paroles qui parlaient de toi. J'écrivais l'intention de te rencontrer. J'écrivais l'envie de te désirer. J'écrivais l'envie de te protéger... Je nourrissais ces désirs, je te voulais. Sensible au vent, comme la légèreté d'une feuille, je m'envolais. Je t'attendais et je t'aimais déjà...

samedi 12 novembre 2011

Rédemption





Je me pose à ma feuille
Sans désirs, sans orgueil
Je dessine l’horizon
De mon passé sans mention
De folies et décadences
J’inspire à mon crayon
La joie de la souffrance
L’esprit d’un grand pardon
Rejoindre les mutilés
Et leurs âmes damnées
Et quand tu me liras
Peut-être tu pleureras.



Je vis avec les mots
Qu’on qualifie de faux
Je rature mes idées
Je prie l’absurdité…
Prends-moi comme un roi
D’une terre qu’on ne veut pas
L’Histoire a toujours vaincu les fuyants !
Ne vois pas un perdant
Je vis comme pour sauver
La foi que j’ai mise dans cette âme de manant
Que mon père a bien fait de taire…


J’ai posé mon fusil
A l’ombre de l’oubli
Je ne sais plus rien ce soir
Dehors il fait tout noir
Comme un soldat fatigué
De ne plus pouvoir se coucher
Je reste assis devant ma pitance
En pensant à ton absence
Je regarde par le carreau
Mes démons s’enfuir là-haut
Mon Dieu je suis heureux
De croire au merveilleux.