Comment sortir de l'utopie ? Je rêve souvent, voire tout le temps. Mon banquier est contre. D'ailleurs, vu sa lettre, il est furax ! Si. "Quoi ! Cinq cent euros de découvert ! c'est quoi ce meurtre ?!" Ben ouais... j'ai pas regardé à la dépense... Un caddie, de l'essence, du pastis... un peu de bas pinard... Et voilà ! Tout s'envole ! Désolé tyrolien ! Et puis j't'emmerde ! Ordure !
J'avais juste envie de rêver, comme dormir, mais en moins pire. Avec ma femme, mon fils, mon chat et mes embrouilles. Et de m'envoler au delà du monde, loin... Tout au-dessus. Sans fantômes. Comme un nuage... Déjà, petit, à quinze ans, j'en rêvais. L'utopie... quelle folie... Même ta mère, elle en veut pas. Et ton chien... t'imagine ? Non ! Ne rêvons plus, agissons ! Les retraites, le sexe, les noirs, les juifs, les musulmans, les mères isolées, les chiens errants, les belges, les Robert, les jeunes, les pédés, l'Europe, les travailleurs, les enculés, les riches, les nantis, les moi, les autres, les putes, les orthodoxes, les allemands, les pères, les animaux morts, les blessés, les SDF, les infortunés du monde, les mocassins, et ta mère ? Hein ! T'en parles plus ? T'es baisé ? Mais non... T'as juste oublié de te réveiller....
Je ne possède pas grand chose dans l'intelligence, des valeurs, des discours. Mais je sais reconnaître un chien. Si. En l'occurrence sur la photo, il est présent. Regardez bien. Au premier plan sur la gauche, il y a sa mère. Toute pleine d'orgueil de savoir funeste. Les outils dans les mains, la responsabilité dans la gestuel, le regard supérieur vers son poil fétiche. En face, le chien. Un verre à la main. Qui comprend. Tout. "Oui, chérie, la brosse tu te la fourre dans le cul..." "Mais tu parles ?!!" "ben oui, succube, on est du même sang, regarde nos poils..." "Alors c'est vrai, Dieu existe !" "Mais oui, salope, depuis la gay-pride tout existe !" "Mais dis moi, (tout bas), c'est qui ce type à côté de nous qui me regarde avec sa tronche d'arriviste genre premier de classe ? En plus, il n'arrête pas de me fixer... Tu le connais ?" "Non, mais tu veux que j'le morde ?" "Attaque !!" "Scroumpf !!" "Ouaf !!"
Les flics arrivèrent avec le plombier. Ils libérèrent de l'étreinte charnel l'animal blessé et son verre. Puis virèrent la mère et ses brosses sous prétexte que les colporteurs n'ont rien à foutre sur les lieux d'un crime. Par contre ils embarquèrent le suspect. Un type blond, un nez noir humide, des oreilles immenses et poilues, d'ailleurs complétement poilu le mec... Avec des griffes saillantes et l'art terrible de se foutre de la gueule du monde, tellement il rit en sortant sa langue, et cherchant son air que par la bouche... Bref, un nihiliste. Un pur. Un vrai. Ils l'emmenèrent dans le fourgon pour le commissariat. Interrogatoire ! Le pauvre type perdu se retrouva dans une petite pièce avec deux geôliers belges. Ils le frappèrent tellement il gueulait. Puis lui mirent un balai dans le cul et s'en allèrent. Le type blond mourut à droite. Le balai à gauche.
Le plombier mangea des frites chez Brigitte regrettant Alain et se rappelant de Bernadette qui avait appelée sa caravane "Vive la frite".
Derrière cette histoire, un couple en fin de vie firent l'amour et burent une bière belge. Il pleuvait dehors. Un vrai temps de chien...