Il m'en aura fallu du temps pour en arriver là, juste là, comme ça, à vous réécrire... Des années à ramer, à suivre la pente tourmentée des événements imbéciles qui se parsèment nonchalamment sur le sentier de mon existence puérile. J'ai beau suivre la lumière qu'on me tend - ce 'on' définit tout les arrogants qui m'entourent, de mon banquier à l’échalote qu'est ma mère, en passant par les amis (qui se définissent ainsi lorsqu'ils me parlent) et les chimpanzés tout autour qui, comme des charognards, des hyènes en fait, viennent tout simplement m'emmerder ; c'est aussi mes voisins et, vous, chers lecteurs - cette lumière donc qui se tenaille au bout de mon regard sombre et rieur, triste et parfumé, sobre et menteur, comme les yeux graves d'un président face à la caméra, c'est-à-dire, face aux milliers d'autres regards scrutant les failles du mensonge à baver, je me sens comme à la traîne, je me sens comme inutile, je me sens comme trop facile, je me sens pas là.
D'ailleurs, c'est drôle. Je réalise que je suis crédible avec autrui le temps d'un entretien (professionnel ou amical ou encore banal, dans le métro) sur des sujets divers et variés, énonçant la société, la famille, les petits enfants, le parti socialiste ou le musée Grévin et les Catacombes... voire les rencontres tectoniques des continents. En somme, un sacré fatras de savoirs bancals et imparfaits juste pour causer, vivre un instant futile dans les oreilles d'un aborigène à poils longs (les femmes étant mon meilleur public). Je reconnais aussi que j'ai des oreilles surprenantes, tel Harbor (un chien). Mais elle est là ma tristesse. Je me sens seul comme il n'est pas permis d'être. Et je ne m'ennuie pas. Du tout. C'est la tête (je n'ai pas l'excuse de la brique de Céline) et mes croyances. Et comment retrouver la joie ? La simple joie comme quand je ne savais rien de ce monde. Il y a si peu...

